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La Belgique va-t-elle adopter le leasing social à 100 euros par mois pour une voiture électrique ?

En France, le dispositif a permis à près de 100 000 ménages modestes de rouler en électrique. En Belgique, c'est encore au stade des promesses. Pourtant, la pression monte de toutes parts pour que le gouvernement Arizona passe enfin à l'action. Voici ce qu'on sait, ce qui bloque, et ce que ça changerait concrètement pour les conducteurs belges.
31 mai 2026 par
La Belgique va-t-elle adopter le leasing social à 100 euros par mois pour une voiture électrique ?
Garage Privé, Louis & Nathan du Garage Privé


L'idée est simple : une voiture électrique neuve, loyer mensuel à partir de 100 euros, sans apport, sous conditions de revenus. C'est le principe du leasing social, un dispositif qui fait ses preuves en France depuis 2024 et qui commence à se déployer dans plusieurs pays européens. En Belgique, on en parle depuis des mois. Mais concrètement, il ne se passe pas grand-chose.

Pourtant, la pression s'intensifie. La semaine dernière, Ecolo a publié une proposition détaillée. Le Conseil Supérieur des Finances a rendu son avis en décembre 2025. Et le gouvernement Arizona lui-même a inscrit la mesure dans son accord de gouvernement. Alors pourquoi ça n'avance pas ?

Ce que c'est, et pourquoi ça intéresse tout le monde

Le leasing social, c'est une location longue durée subventionnée par l'État, destinée aux ménages qui n'ont pas les moyens d'accéder à un véhicule électrique neuf. Le loyer mensuel tourne autour de 100 à 200 euros selon le modèle. Pas d'apport initial. Et à la fin du contrat, si le conducteur le souhaite, il peut racheter la voiture à sa valeur résiduelle, entre 5 000 et 8 000 euros selon le modèle.

L'intérêt pour la Belgique est double. D'un côté, il y a une vraie injustice à corriger : les voitures électriques ne représentent que 6,44 % du parc automobile belge, et cette progression est tirée à 81,8 % par les voitures de société. Autrement dit, l'électrique en Belgique c'est encore et surtout un avantage pour les salariés qui ont une voiture de société et bénéficient de la fiscalité avantageuse qui va avec. Les autres, ceux qui achètent sur leur propre budget, restent majoritairement sur du thermique ou sur des occasions vieillissantes.

De l'autre, il y a la pression des zones à faibles émissions. Le leasing social permettrait de cibler précisément les ménages aux revenus modestes situés en zones rurales, périurbaines ou à proximité des LEZ, là où l'offre de transports en commun est insuffisante et la dépendance à la voiture individuelle incontournable. En d'autres termes, c'est exactement le profil d'une partie des conducteurs du Brabant Wallon.

Ce que ça donne en France, le modèle que tout le monde regarde

La France a lancé son premier leasing social en janvier 2024. En quelques semaines, les dossiers ont saturé les plateformes. Le projet pilote portait sur 50 000 véhicules et a rencontré un franc succès en quelques mois. Depuis, deux éditions supplémentaires ont été lancées. Pour juin 2026, la France prévoit de relancer le dispositif en doublant le nombre de véhicules proposés et en élargissant le public cible.

Le profil type des bénéficiaires en France, c'est quelqu'un qui habite en zone semi-rurale, qui fait 50 à 80 km par jour pour aller travailler, et pour qui la voiture est tout sauf optionnelle. À l'époque, le dispositif était réservé aux personnes dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 15 400 euros par an et qui roulent plus de 8 000 kilomètres annuellement. Une aide à domicile qui fait 60 km aller-retour chaque jour pour rejoindre ses clients, et qui se débattait avec les frais d'essence, a soudain accès à une voiture neuve pour moins cher qu'un plein par semaine. C'est très concret.

En Belgique, ça figure dans l'accord de gouvernement. Mais...

La mesure du leasing social figure bien dans l'accord de gouvernement fédéral 2025-2029. Le gouvernement s'est engagé à "examiner un mécanisme de soutien pour le leasing social de véhicules électriques, ciblant les travailleurs dont les revenus sont inférieurs à un certain seuil". En langage politique, "examiner" est souvent le premier mot d'une longue liste de reports.

Et effectivement, début 2026, la réalité est moins enthousiasmante. Bart De Wever a prévenu dès le départ qu'il n'y aurait "aucune mesure" sans financement identifié, "pas d'argent" étant la formule utilisée. Le Conseil Supérieur des Finances, lui, a rendu un avis plutôt défavorable au dispositif en décembre 2025, estimant que les critères de revenus ne sont pas forcément les meilleurs indicateurs et que le coût budgétaire méritait d'être mieux encadré.

Ce qui n'a pas empêché Ecolo de présenter en avril 2026 une proposition détaillée pour un projet pilote. Selon Gilles Vanden Burre, le coût d'un projet pilote serait de 70 millions d'euros, la recharge restant aux frais des bénéficiaires. L'opposition est "très fâchée et très tracassée" face à ce qu'elle perçoit comme de l'inaction, et pointe le fait que la Commission européenne recommande ce type de mesure depuis le printemps 2025.

"Cela commence à bouger… sauf en Belgique." Gilles Vanden Burre, Ecolo, avril 2026

Ce qui bloque concrètement

Il y a plusieurs obstacles, et ils ne sont pas tous politiques. Le premier est effectivement budgétaire : un leasing social à 100 euros par mois pour une voiture qui en vaut 25 000 implique une subvention publique de l'ordre de 2 000 à 3 000 euros par véhicule et par an. Sur un projet pilote de 10 000 véhicules, c'est entre 20 et 30 millions d'euros annuels. Des pistes de financement existent cependant, notamment via le Fonds social pour le Climat européen, qui pourrait couvrir une partie significative de l'enveloppe.

Le deuxième obstacle est pratique. Pour que le leasing social fonctionne, il faut des véhicules électriques abordables à proposer. En 2024, l'offre était encore limitée. En 2026, ça change : la Renault Twingo E-Tech, la Citroën ë-C3 et la Fiat Grande Panda entrent dans des gammes de prix plus accessibles, autour de 20 000 à 23 000 euros. Ces petits modèles produits en Europe sont exactement ce dont un dispositif de leasing social a besoin pour être viable économiquement.

Le troisième obstacle, c'est l'infrastructure de recharge. Proposer une voiture électrique à quelqu'un qui vit dans une maison sans garage et sans borne dans sa rue, c'est lui créer un nouveau problème plutôt que lui en résoudre un. Le leasing social devrait donc cibler prioritairement les ménages capables de recharger à domicile ou disposant d'un accès fiable à une borne proche de chez eux.

⚠️ Ce qui change avec la fiscalité 2026 : pendant que le leasing social reste dans les limbes, un autre changement bien réel concerne les professionnels. Depuis le 1er janvier 2026, les voitures de société thermiques ne sont plus déductibles fiscalement. Les voitures électriques de société, elles, restent à 100 % déductibles cette année. Pour un indépendant ou une PME en Brabant Wallon, 2026 est la dernière année pour profiter de cette fenêtre fiscale maximale.

Ce que ça changerait pour les particuliers belges

Si le leasing social voit le jour en Belgique, qui en bénéficierait vraiment ? En s'inspirant du modèle français, on peut esquisser le profil type : un travailleur ou une travailleuse à revenus modestes, qui dépend d'une voiture pour aller travailler, qui habite en dehors des grandes agglomérations desservies par les transports en commun, et qui roule actuellement sur un thermique vieillissant dont les frais d'entretien et de carburant pèsent lourd dans le budget.

ParamètreLeasing social (si introduit en Belgique)
Loyer mensuel100 à 200 € selon le modèle
Apport initialAucun
Durée3 ans (location longue durée)
RechargeÀ la charge du bénéficiaire
Rachat possible en fin de contratOui, valeur résiduelle entre 5 000 et 8 000 €
Critère d'accès envisagéRevenus inférieurs à un seuil à définir + usage professionnel régulier
Modèles probablesRenault Twingo E-Tech, Citroën ë-C3, Peugeot e-208, Fiat Grande Panda

💡 À surveiller : le gouvernement Arizona examine la mesure depuis plusieurs semaines dans un groupe de travail. Aucune décision n'a été annoncée au conseil des ministres du 17 avril 2026. La mesure est toujours "à l'étude". Si elle devait avancer, une annonce avant l'été 2026 serait nécessaire pour que les premières attributions puissent avoir lieu avant la fin de l'année.

Et si ça n'arrive pas avant longtemps, qu'est-ce qu'on fait ?

C'est la question pratique que beaucoup de conducteurs belges se posent, surtout ceux qui sont concernés par les LEZ bruxelloises ou qui veulent simplement réduire leur facture carburant. La réalité est que la Belgique n'a pas de leasing social aujourd'hui, et qu'il ne sera pas là demain matin.

Ce qui existe en revanche, c'est un marché de l'électrique d'occasion qui commence à se structurer. Les premiers véhicules électriques issus des flottes de leasing professionnel arrivent progressivement sur le marché de la seconde main, souvent avec des historiques d'entretien complets et des batteries encore en très bon état. À des prix qui se rapprochent des 15 000 à 20 000 euros pour des modèles récents. Ce n'est pas 100 euros par mois, mais c'est une alternative concrète et accessible aujourd'hui, sans attendre une décision politique incertaine.

FAQ


Non, pas encore. La mesure figure dans l'accord de gouvernement Arizona 2025-2029, mais elle est toujours "à l'étude" au cabinet du ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke. Aucune date de lancement n'a été annoncée. Le Conseil Supérieur des Finances a rendu un avis réservé sur le dispositif en décembre 2025, et Bart De Wever a averti qu'il n'y aurait pas de mesure sans financement clair identifié.

En France, le dispositif permet aux ménages modestes de louer un véhicule électrique neuf pour un loyer mensuel réduit, généralement autour de 100 euros, sans apport initial. Le contrat dure trois ans. À l'issue, le bénéficiaire peut racheter la voiture à sa valeur résiduelle. La recharge est à sa charge. Le dispositif a démarré en janvier 2024, les dossiers ont saturé les plateformes en quelques semaines, et une troisième édition est prévue pour juillet 2026 en France.

Selon les propositions en circulation, le dispositif ciblerait les travailleurs dont les revenus sont inférieurs à un seuil défini, qui utilisent leur voiture pour aller travailler, et qui n'ont pas encore de véhicule électrique. Certaines propositions évoquent aussi une priorité pour les personnes vivant en zones rurales ou périurbaines sans alternative de transport en commun crédible, ce qui concernerait directement une partie des conducteurs du Brabant Wallon.

Oui. Le marché de l'électrique d'occasion commence à s'étoffer en Belgique, avec des véhicules issus des flottes de leasing professionnel à des prix de plus en plus accessibles. Un diagnostic de l'état de santé de la batterie avant achat permet de sécuriser ce type de transaction. C'est une alternative concrète aujourd'hui, sans dépendre d'une décision politique encore incertaine.


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