Se rendre au contenu

Droits de douane à 25 % sur les voitures européennes : pourquoi l'automobile est toujours dans le viseur de Trump

Le 1er mai 2026, Donald Trump a annoncé vouloir relever à 25 % les droits de douane sur les véhicules importés depuis l'Union européenne, accusant Bruxelles de ne pas respecter un accord signé l'été dernier. Pour la Belgique, pays qui assemble des voitures et transit des centaines de milliers de véhicules chaque année, les enjeux sont directs. Voici ce qu'il faut comprendre.
2 juin 2026 par
Droits de douane à 25 % sur les voitures européennes : pourquoi l'automobile est toujours dans le viseur de Trump
Garage Privé, Louis & Nathan du Garage Privé

On pensait que le dossier était réglé. En juillet 2025, Trump et Ursula von der Leyen avaient conclu ce qu'on a surnommé l'accord de Turnberry, du nom du golf écossais appartenant au milliardaire américain. Les droits de douane sur les voitures européennes étaient limités à 15 %, là où d'autres pays continuaient à subir des taxes de 25 %. L'industrie automobile européenne avait soufflé, estimant économiser entre 500 et 600 millions d'euros par mois grâce à cet accord.

Dix mois plus tard, le voilà remis en cause. Le 1er mai, Trump a annoncé sur TruthSocial vouloir relever ces droits à 25 % "la semaine prochaine", accusant l'Europe de ne pas tenir ses engagements. Derrière cette annonce, il y a plusieurs niveaux de lecture qui méritent qu'on s'y arrête.

Ce qui s'est passé exactement

L'accord de Turnberry n'a jamais été ratifié formellement par l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Sa mise en œuvre a été compliquée par deux événements : d'abord, la Cour suprême américaine a annulé en partie certains droits de douane sectoriels décrétés par l'exécutif, estimant que Trump avait outrepassé ses prérogatives. Ensuite, les parlementaires européens ont finalement donné leur aval à l'accord fin mars 2026, mais en l'assortissant de nombreuses conditions et d'une clause d'extinction fixée à mars 2028.

De son côté, Trump a trouvé un autre prétexte. Il accuse plusieurs pays européens, dont l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, de refuser de contribuer militairement ou logistiquement aux opérations américaines dans le détroit d'Ormuz contre l'Iran. Une dispute avec le chancelier allemand Friedrich Merz quelques jours plus tôt, après que ce dernier avait critiqué la stratégie américaine en Iran, a visiblement mis le feu aux poudres.

"Les constructeurs automobiles européens se retrouvent dans la ligne de mire depuis le début des discussions sur les tarifs douaniers. Ils subissent déjà une pression technologique et concurrentielle, particulièrement dans le secteur des véhicules électriques face aux acteurs chinois." Ipek Ozkardeskaya, analyste senior chez Swissquote Bank, mai 2026

Pourquoi l'automobile est toujours la cible préférée

Ce n'est pas un hasard si Trump revient systématiquement à l'automobile quand il veut exercer une pression commerciale sur l'Europe. Le secteur est à la fois stratégiquement visible, économiquement massif, et géographiquement concentré en Allemagne, ce qui en fait un levier de négociation particulièrement efficace.

Les États-Unis représentent le premier marché à l'export en valeur pour l'industrie automobile européenne : 38,9 milliards d'euros par an. L'Allemagne, premier producteur européen, exportait environ 450 000 véhicules par an vers les États-Unis avant la crise des droits de douane. BMW, Mercedes, Audi, Porsche et Volkswagen sont les plus directement exposés, avec des gammes premium fortement représentées sur un marché américain à hautes marges.

Taxer les voitures européennes, c'est taper là où ça fait le plus mal tout en restant populaire auprès de l'électorat américain qui y voit une défense de l'emploi manufacturier local. Le message de Trump est limpide : "Produisez aux États-Unis et vous ne paierez rien." C'est une invitation directe à la délocalisation.

Ce que ça change concrètement pour les constructeurs

38,9 Md€ = valeur des exportations automobiles européennes vers les États-Unis

15% à 25% = l'augmentation annoncée des droits de douane sur les véhicules européens

500 à 600 M€ par mois = économies perdues si l'accord de Turnberry est abandonné

Pour les constructeurs, le choix est brutal : absorber le surcoût en comprimant leurs marges déjà sous pression, ou le répercuter sur les prix de vente américains au risque de perdre des volumes sur un marché très concurrentiel. BMW dispose déjà d'une usine à Spartanburg en Caroline du Sud, Mercedes à Tuscaloosa en Alabama. Ces sites pourraient monter en cadence pour contourner les taxes, mais mettre en place de nouvelles lignes de production prend plusieurs années, ce qui laisse une période de vulnérabilité importante en 2026 et 2027.

L'industrie automobile allemande a réagi rapidement en appelant à la désescalade. "Ces annonces entraîneraient des coûts énormes pour l'industrie automobile, déjà confrontée à des conditions très difficiles", a déclaré Hildegard Müller, présidente du lobby automobile allemand VDA. Pour Stellantis, qui exporte ses Fiat et Alfa Romeo vers les États-Unis depuis l'Italie, la situation pourrait même accélérer un retrait partiel de ces deux marques du marché américain, où leurs ventes sont déjà marginales.

La Belgique : plus exposée qu'on ne le pense

En Belgique, on pourrait se dire que c'est d'abord un problème allemand. C'est partiellement vrai, mais la Belgique est bien plus exposée qu'il n'y paraît, pour deux raisons.

La première, c'est la production locale. L'usine Volvo de Gand assemble notamment le SUV EX30, destiné en partie au marché américain. Une hausse des droits de douane affecte directement la compétitivité de ce modèle aux États-Unis et pourrait impacter les décisions de volume de production à Gand. Les usines Audi et Volkswagen en Belgique sont dans une situation similaire.

La seconde, c'est le port d'Anvers. L'un des plus grands ports européens joue un rôle de transit majeur pour des centaines de milliers de véhicules exportés vers les États-Unis chaque année. Une réduction des flux automobiles transatlantiques se ressentirait directement sur l'activité portuaire anversoise et sur l'ensemble de la chaîne logistique qui en dépend.

⚠️ Le risque de répercussion sur les prix en Europe : si les constructeurs perdent des volumes et des marges sur le marché américain, ils chercheront à compenser ailleurs. L'Europe, et la Belgique en particulier, pourrait voir les prix des véhicules neufs progresser dans les prochains mois, indépendamment de tout autre facteur. C'est un mécanisme indirect mais bien réel.

Posture de négociation ou mesure réelle ? La grande question

Toute la difficulté avec les annonces commerciales de Trump, c'est qu'il est souvent impossible de savoir à l'avance si elles seront mises à exécution ou si elles servent de levier de négociation. L'histoire récente invite à la prudence dans les deux sens : certaines menaces ont été pleinement appliquées, d'autres sont restées lettre morte après d'intenses négociations en coulisse.

Ce qui est certain, c'est que les marchés financiers n'ont pas attendu pour réagir. Les bourses européennes ont reculé lundi 4 mai, le secteur automobile en tête, avec des pertes significatives pour BMW, Stellantis, Volkswagen et Renault. Les investisseurs ont intégré une prime de risque, même si la mesure n'est pas encore officiellement en vigueur.

La Commission européenne a rapidement répondu par la formule désormais habituelle : "Un accord est un accord." Bruxelles n'a pas annoncé de mesures de rétorsion immédiates, mais les discussions vont reprendre en urgence. L'UE dispose de ses propres leviers, notamment les droits de douane qu'elle a imposés sur les véhicules électriques chinois, qui pourraient servir de monnaie d'échange.

Ce que ça signifie pour un acheteur en Belgique aujourd'hui

À court terme, pour quelqu'un qui cherche à acheter ou vendre une voiture en Belgique, l'impact direct de ces droits de douane est limité : ils concernent les exportations européennes vers les États-Unis, pas le marché intérieur belge. Mais à moyen terme, deux effets indirects méritent d'être surveillés.

D'abord, si les constructeurs subissent des pertes sur le marché américain, ils peuvent être tentés de comprimer leurs réseaux de distribution en Europe ou de réduire les remises habituelles sur le marché belge. Ensuite, une guerre commerciale qui s'installe dans la durée crée de l'incertitude sur les chaînes d'approvisionnement en pièces détachées, ce qui finit toujours par se répercuter sur les délais et les coûts d'entretien.

Ce contexte renforce aussi un argument qu'on entend souvent chez les agents automobiles : dans une période d'incertitude sur les prix du neuf, le marché de l'occasion devient encore plus attractif. Les véhicules d'occasion belges bien entretenus, avec un Car-Pass complet et un historique transparent, représentent une valeur refuge qui échappe largement aux turbulences commerciales internationales.

💡 À surveiller dans les semaines à venir : la réponse officielle de l'UE et la date réelle d'entrée en vigueur des nouveaux droits de douane. Trump a dit "la semaine prochaine" le 1er mai, mais l'histoire montre que ces délais annoncés sont souvent décalés dans la pratique. Les négociations entre Bruxelles et Washington vont s'intensifier.

FAQ


C'est l'accord commercial conclu en juillet 2025 entre Trump et Ursula von der Leyen sur le terrain de golf écossais de Trump, qui plafonnait les droits de douane sur les voitures et pièces détachées européennes à 15 %. Trump accuse désormais l'Europe de ne pas en respecter les termes, en particulier sur la contribution militaire de certains pays européens aux opérations américaines dans le détroit d'Ormuz. L'accord n'avait d'ailleurs jamais été formellement ratifié par l'ensemble des États membres de l'UE.

Les plus exposés sont les constructeurs allemands : BMW, Mercedes, Audi, Porsche et Volkswagen, qui exportent massivement des modèles premium vers les États-Unis. Volvo Cars est également dans le viseur, notamment pour le SUV EX30 assemblé en Belgique à Gand. Pour Stellantis, les Fiat et Alfa Romeo vendues aux États-Unis depuis l'Italie pourraient finalement être retirées du marché américain, leurs volumes y étant déjà marginaux.

Pas directement. Les droits de douane concernent les exportations européennes vers les États-Unis, pas le marché intérieur belge. Mais si les constructeurs perdent des volumes et des marges outre-Atlantique, ils peuvent chercher à compenser en réduisant les remises sur d'autres marchés ou en limitant les promotions. À moyen terme, un effet indirect sur les prix en Europe n'est pas à exclure, même s'il est difficile à quantifier aujourd'hui.


La Belgique va-t-elle adopter le leasing social à 100 euros par mois pour une voiture électrique ?
En France, le dispositif a permis à près de 100 000 ménages modestes de rouler en électrique. En Belgique, c'est encore au stade des promesses. Pourtant, la pression monte de toutes parts pour que le gouvernement Arizona passe enfin à l'action. Voici ce qu'on sait, ce qui bloque, et ce que ça changerait concrètement pour les conducteurs belges.